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Editorial 

Un jour, Pierre verra vraiment le loup...

 

Il y a quelques jours maintenant, j’étais entre deux visites à une heure où la radio, toujours allumée dans la voiture, diffusait le journal. Après une longue page consacrée à cette terrifiante catastrophe en Haïti, a été abordée (peut-être une dernière fois) ce qui occupait l’esprit de tous les journalistes et une certaine partie des politiques avant que le tremblement de terre ne vienne fort justement remettre les choses à leur place, à savoir cette fameuse grippe A.

La nouvelle était somme toute fort simple et consistait en l’annonce du passage en dessous du seuil d’épidémie par le réseau sentinelle de la grippe. Un peu de carburant supplémentaire pour alimenter la controverse sur la politique de vaccination menée par l’Etat et notamment pour ce qui est de la gestion de l’approvisionnement en vaccin, des modalités de la vaccination et de ce fameux stock de doses qui va nous rester sur les bras. Cette dernière composante a pris une part prépondérante dans les critiques parfois très agressives à l’encontre du Ministère de la Santé. Et ceci, à mon avis à tort. A tort pour plusieurs raisons que je ne développerai pas ici mais surtout en oubliant un effet pervers qui reste à mon avis le plus grave dans ses conséquences ultérieures car il pourrait bien effectivement faire beaucoup de morts un jour et surtout parce qu’il n’a pratiquement pas été évoqué par les médias. En effet, au-delà des coûts et de l’organisation de cette campagne de vaccination, c’est bien plus l’effet d’annonce et la gestion de la médiatisation qui apparaissent problématiques. Lorsque cette affection est apparue et bien avant que l’on ait pu appréhender sa gravité en matière de contagiosité et de dangerosité, le discours a été d’emblée alarmiste voire catastrophiste. La mort était au coin du tournant pour tout le monde et chacun devait craindre pour sa vie au moindre éternuement de son voisin, potentiel contaminant, à tel point que le mot pestiféré pouvait presque devenir sympathique et qu’on allait bientôt devoir le reléguer aux oubliettes pour le remplacer par quelque chose de plus actuel… grippiféré peut-être ? Pourquoi pas ?

 

Et en ce sens, on rejoint cette très désagréable habitude prise depuis quelques temps de vouloir absolument qu’il nous arrive une énorme catastrophe sanitaire. La première fois et dans une bien moindre mesure il est vrai, c’était le SIDA du chat qui nous a valu à nous vétérinaires de devoir faire face à des propriétaires devenus suspicieux à l’égard de Félix ou de Pompon. Puis est venue l’ESB qui devait faire des ravages pour continuer avec le SRAS et enfin la grippe aviaire dont les conséquences étaient tellement sûres en nombre de morts que les services de l’Etat avaient interrogé les communes sur leurs capacités de stockage des corps compte tenu de l’impossibilité qu’il y aurait à assurer l’ensevelissement de tous ces êtres chers (à la limite, il fallait presque réserver sa place et commencer à pleurer….). Alors quand la grippe A est arrivée, on nous a à nouveau servi le refrain… à tort encore une fois. Et c’est qu’est le problème. Pour faire simple, et en revenir au titre de ce billet, c’est l’histoire de Pierre et du loup qui, le jour où il a vraiment eu le loup en face de lui, a eu beau appeler en vain à l’aide… Il avait lassé les gens du village par ses appels précédents infondés.


L’approche actuelle de ces problèmes épidémiques potentiels risque bien de se solder par ce type de réponse à l’avenir. A force de faire un tableau apocalyptique de tout ce qui représente un peu de danger (attention, il va y avoir de la neige, attention il va y avoir des orages en sont aussi de bons exemples…) mais qui correspond, somme toute, au fait de vivre tout simplement, on risque bien de banaliser la notion de gravité avec pour corollaire le désintérêt du quidam, moi le premier, à l’annonce de ces « avis de tempêtes ».  Prédire l’avenir est un exercice dangereux dont les épidémiologistes feraient bien de réviser les règles notamment en matière d’échelle de risque car à force de jouer les Cassandre, on pourrait bien les prendre au mot totalement et ne jamais les croire. Et là, il y aura effectivement des morts !!


Pour finir, ce qui est moche, c’est que la réalité a déjà rejoint ma réflexion en matière de catastrophes naturelles car aussi bien la tempête Xynthia que l’ouragan Katrina, ces catastrophes ont été d’une manière ou d’une autre annoncées mais, diluées dans la banalisation des effets d’annonce, aucune de ces alertes n’a été prise au sérieux. Espérons que la contamination de nos jugements par cet état d’esprit ne soit pas définitivement installée…

 Michel LOISEAU

 
PS : Que personne ne se trompe, mes propos n’ont aucunement l’intention de dénigrer la douleur de ceux qui ont été touchés eux-mêmes ou au travers de l’un des leurs par l’une ou l’autre de ces maladies.


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